samedi , 4 juillet 2020
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L’apocalypse Big-Dataire de 2050

L’apocalypse Big-Dataire de 2050

Une histoire redondante

L’humanité a toujours eu un rapport à la lumière particulièrement intense, un rapport authentiquement nourricier, et ce, de tout temps. Nous serions curieux de savoir quelles ont été les réactions de nos ancêtres très lointains, alors qu’ils habitaient une Terre silencieuse, le jour où ils ont pris conscience du premier coucher du soleil, c’est-à-dire le moment saisissant où l’astre disparaissait sous l’horizon. Ont-ils vécu un moment de frayeur ? Probablement. Nous serions curieux, très curieux même, d’apprendre quelle a été sa réaction face à la première éclipse solaire, notre lointaine poignée d’humanité, alors qu’elle vivait une planète vide et immense. A-t-elle senti une panique générale et un affolement total ? Certainement.

Un présent témoin.

Nos parents avaient eu, c’est vrai, un rapport vital avec la lumière. Cependant, nous, nous en avons un plus que vital avec les télécoms. La preuve en est, lorsqu’aujourd’hui encore, une panne nous prive de, uniquement, quelques heures de nos portables, nous éprouvons un sentiment de peur générale. Nous sommes contrariés et oppressés et nous avons l’air, tels des petits qui ont perdu leurs parents sur la place du village, complètement perdus !

Nous sommes tous dans le même état quand les batteries de nos portables lâchent : nous sommes éteints ! Pire encore : avant même que nos smartphones soient complètement déchargés nous surveillons les barres de l’état des batteries, et stressons déjà de peur de ne pas avoir une prise de recharge. C’est plus crucial que pour le randonneur qui, en plein désert et en état de déshydratation, scrutent de loin un quelconque point d’eau. Nous nous retrouvons dans un état pire devant l’éclipse numérique, de l’ordinateur ou du smartphone, causée par une manipulation maladroite ou bien par une invasion virale. Et il s’en faut de peu pour qu’une angoisse excessive se saisisse de nous pour que nous perdions tout contrôle en cas de défaut de couverture réseau.

Et l’exemple encore récent de la panique générale, qui a secoué tout un pays à cause d’une panne du réseau téléphonique, en pleine période caniculaire, interruption qui a paralysé les Pays Bas durant quelques heures, laissant tous les appels urgents en suspens. Ce pays n’était pas loin de l’anxiété totale et générale…

Et si nous extrapolions ces exemples locaux et imaginions que toutes nos données venaient à disparaître à cause d’une nature déchaînée ou bien du fait d’une technologie incontrôlable ?

2050, c’est demain.

Tous nos futuristes y vont, à tour de bras, avec leurs pronostics en commentant et en détaillant toutes les prévisions y compris les plus invraisemblables. Par exemple, on nous présente déjà ce qui remplacerait les véhicules d’aujourd’hui, les énergies alternatives à l’électrique et au fossile. On nous parle de la disparition du travail comme valeur sociétale… les conquêtes spatiales et les vols habités… Par ailleurs, notre histoire nous enseigne que l’imperceptible est toujours invisible et même invincible. L’imperceptible d’hier était le microbe et il en a fallu du temps pour le rendre vulnérable et fragile. Et de nos jours, l’imperceptible se nomme logiciel, car il est virtuel donc invisible, et il est de plus en plus invincible et même de plus en plus irrésistible de tous les « objets » ou plutôt de tous les supports, puisque nous ne pouvons plus nous en passer ni lui résister ni individuellement ni professionnellement… ni collectivement non plus.

Cependant, serions-nous assez préparés si demain, en 2050 par exemple, nous subissions un de ces événements que nous n’avions jamais vécus. Un de ces événements qui se produirait à l’échelle du globe et qui ne toucherait pas seulement les pays développés, ou uniquement les riches ni que leurs finances… mais il attaquerait la terre entière dans ce qu’elle a de plus moderne et sophistiqué : ses centres de données ? Certes nous sommes tous, individus, collectivités ou états, connectés et nous sommes tous, sitoyens, à force d’explorer et de parcourir des sites, et citoiliens à force d’habiter la toile, nous sommes tous donc dépendants des données partagées par les géants et les moins géants. Y’aurait-il, après le passage de cette catastrophe, encore des survivants, à part la nature ? Pour la première fois certainement, petits et grand, tout le monde y passera. Et le monde continuera sa trajectoire sans nous. Probablement. Et comment ? Nous y reviendrons.

Tous ces affolements réunis à travers notre petite histoire, depuis la première éclipse solaire jusqu’au récent arrêt total du réseau télécoms, ne seront pas à la hauteur de la frayeur et de l’épouvante que vivra une humanité totalement connectée dans un monde petit, plein et bruyant, si demain une panne générale toucherait tous nos centres de données. Et au fur et à mesure que nous avançons dans le temps, nous nous connecterons de plus en plus et de ce fait, en cas de panne, nous courons le risque de vivre une catastrophe à dégâts matériels et psychologiques d’une ampleur telle que notre présence sur terre sera compromise. Présence en tant qu’espèce humaine. Serions-nous, par notre dépendance aux télécommunications, en train de préparer le Big Crunch numérique ou l’e-apocalypse?

Et comment ?

Nous avons déjà vécu des cyberattaques séparées ou successives. Et du coup, nous pouvons facilement imaginer la disparition des données étatiques relatives à toute la fonction publique : plus de collecte d’impôts, par exemple, donc plus de recette des finances pour payer ceux qui veillent sur la sécurité des citoyens, aux frontières et dans les territoires. Plus de justice, plus d’enseignement, plus de santé… Blocus total et pour revenir à l’âge d’avant l’informatique et des Big Data, il faut tout un apprentissage qui lui-même ne se fera pas en un clin d’œil. Prenons deux cas qui relèvent de la vie banale de tous les jours !

Une panne qui toucherait en même temps toutes les raffineries, donc plus d’échanges commerciaux ! Imaginons des villes entières sans marchandises ni aliments : des supermarchés vides et des restaurants déserts ! Le retour à l’âge de l’agriculture, à la chasse et à la cueillette, que nos mémoires ont désappris, exigerait un temps conséquent pour les réapprendre. Sauf que durant ce temps-là, l’humanité a besoin de manger. Mais quoi ? Une fois qu’elle aurait longtemps attendu, elle se laisserait disparaître à feu doux.

Une autre panne, en même temps ou distinctement, qui toucherait tous les systèmes de santé et qui par conséquent transformerait nos hôpitaux en mouroirs et en charniers. Plus de soins car plus de soignants faute de système étatique de santé. Plus de soins car plus de médicaments ni de matériels médicaux car plus de transports puisque les raffineries…

Ce ne sont pas les exemples de ces ramifications inextricables qui manquent, et dans lesquelles notre humanité se trouverait embourbée. Il s’agit bien d’une prise de conscience de cet état de fait qui rend notre espèce la plus fragile parmi toutes celles qui peuplent notre Terre. Malgré nos avancées sur tous les fronts : militaires, spatiaux, biologiques… et bien que nous maîtrisions tout :  l’infiniment petit et l’infiniment grand, hélas nous sommes traversés par un cheval de Troie, réseau des télécommunications, et nous nous trouvons piégés par nos avancées.

Et comment encore?

Nous sommes loin de vaincre la nature et nous sommes complètement démunis devant des orages multiples qui s’abattraient simultanément sur les centres des données éparpillés un peu partout sur les cinq continents. Est-ce possible ?  Il suffit que se multiplie ce qui s’est passé à peine il y a quelques mois, le 29 septembre 2019 plus exactement, quand un million de personnes, dont beaucoup sont restées bloquées dans des ascenseurs, ont été privées de lumière à Tenerife à cause d’une panne due justement à un orage qui a mis hors état de servir une centrale électrique.

Nous sommes, en tant qu’humains, encore jeunes pour prévoir tous les détours que peut nous jouer une nature plus vieille que nous donc plus habile et assez ingénieuse. Et nous serons totalement désarmés devant d’innombrables coups de foudre qui bruleraient, en même temps, tous ces centres qui abriteraient nos données précieuses. Est-ce probable ? Il suffirait que s’intensifie la mésaventure survenue, en 2014, et qui a plongé la capitale tunisienne et ses environs dans le noir total à cause d’une panne due à la chute d’un câble de garde à fibres optiques (OPGW) causée, précisément, par un coup de foudre.

Nous sommes, en tant qu’humains, entièrement dénués devant toutes ces zones spatiales lointaines que nous aimons aller sonder et hélas ! polluer et dont nous nous réjouissons de titiller et perturber le silence cosmique. En même temps et aveuglément, nous ignorons toute la puissance de la force de frappe que peuvent ces espaces immaculés une fois agacés par nos comportements enfantins. Est-ce imaginable ?  Il suffit que nous recevions à l’échelle de toute notre planète, ce que subissent déjà les vols spatiaux, une pluie de ces rayonnements ionisants chargés de particules subatomiques à haute énergie, capables de traverser les matériels électroniques et d’y injecter des électrons par myriades. Et nos calculs deviennent intégralement aberrants, faussant ainsi tous les systèmes et causant par conséquent l’emballement de toutes nos données et la prise en main des télécoms.

Nous sommes, en tant qu’humains nous qualifiant deux fois savants, puisqu’homo sapiens-sapiens, dépassés par notre maîtrise qui nous échappe. Et nous serons absolument impuissants devant une explosion d’une technologie incontrôlable, comme fut le cas par exemple, le 28 janvier 1986 à 11h40min14s lors de l’explosion de challenger. Est-ce pensable ? Il suffirait que des bombes à impulsion électromagnétique (EMP) venaient fulminer au-dessus des pays accueillant les centres de données ? Bonsoir les réseaux électriques, adieu les systèmes informatiques et électroniques non protégés et silence radio des télécommunications…

Y sommes-nous alors préparés ?

Bien évidemment que non. Et les derniers événements de l’année, Pays Bas pour le réseau télécoms ou la Tunisie ou Tenerife pour l’électricité, nous montrent l’ampleur des dégâts constatés avant que les réparations ne se rétablissent.

Toutefois, pour les réseaux télécoms, des solutions sont déjà à l’œuvre mais à échelle locale. Et il serait judicieux de réfléchir à des alternatives globales. On peut par exemple, imaginer la généralisation du « durcissement » des composants électroniques contre les rayonnements ionisants.

Penser à la mise en place de « backup » ou sauvegarde des bases de données en les mettant à l’abri des zones sensibles aux secousses sismiques.

Prévoir ce qui se pratique déjà dans les armées : le blindage du matériel informatique contre les radiations dangereuses.

Mettre en place des voies alternatives et de secours en cas d’arrêt soudain de ces réseaux sensibles. L’expérience de l’Agence Américaine de la protection de l’Environnement (EPA) pourrait servir de modèle.

Maintenir la présence humaine qu’aucune intelligence artificielle ne peut remplacer. Car, la généralisation de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement technologique appelée « singularité » technologique. Cette présence de l’homme est nécessaire pour mieux accompagner une société humaine et anticiper ses changements seront de plus en plus imprévisibles.

Une curiosité singulière.

Lors des pannes dues à l’arrêt de l’électricité, à Tenerife par exemple, les citoyens et les touristes qui s’y trouvaient en masse, envoyaient des selfies, des SMS, des MMS… la preuve, s’il en faut une, que nous commençons à supporter l’absence de l’énergie mais pas celle des échanges électroniques. Cela présage, vue notre dépendance à ces réseaux, qu’en cas de panne des centres des données, la panique sera…

 

Par Ata-Ilah Khaouja et Ahmed Khaouja

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