lundi , 17 février 2020
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Le selfie ou le Narcisse numérique

Le selfie ou le Narcisse numérique

Habillé en perfide, hypocritement souriant et distillant des paroles bien plaisantes et séduisantes tout en s’abreuvant de haine et de rancœur, le diable adore habiter le détail. Déjà, et pourquoi donc chérit-il, depuis toujours, le détail alors qu’il a tout le pouvoir et toute la puissance de se choisir une autre demeure luxurieuse et splendide ? Deux réponses plausibles. Tout simplement parce qu’il ne tolère pas du tout se laisser surprendre et se faire remarquer, exactement comme le détail qui échappe à notre extrême vigilance et à notre attention soutenue, et ce malgré mille et une vérifications. Et surtout car jusqu’au bout, il veut tromper le monde qui l’entoure et faire croire qu’il est humble, modeste et honnête ! Il jouerait alors le SDF : non le Sans-Domicile-Fixe mais le Soi-Disant-Faible. Sa vraie raison d’élire un tout petit et invisible domicile est, comme tout hypocrite, d’échapper et de passer en dessous (hypo) de toute critique. Une autre façon de dire cela est : le détail tue. Est-ce que c’est ce même détail qui a tué, depuis l’arrivée du smartphone, quelques 300 personnes à travers le monde ? Tentons d’y répondre.

Narcisse d’abord.

La légende raconte que le chasseur Narcisse, après une journée où il n’a cessé de poursuivre, de capturer et tuer du gibier, et voulant s’abreuver, s’est noyé après s’être trop admiré dans l’eau de la rivière… Et que s’est-il passait au juste ce jour-là. La légende raconte qu’il se contemplait jusqu’à se droguer de son image. Il a été complètement absorbé par sa personne au point de s’approcher trop d’une rivière supposée profonde et chuter. Complètement ébloui par son propre reflet et si hypnotisé par son image qu’il a oublié qu’il ne savait même pas nager. Il s’en suivi la fameuse chute mortelle. Mais ce n’était qu’un juste et diabolique détail ! Ce qui se nomme : un détail de taille.

Ce n’était pas l’eau qui l’avait tué, mais c’était à cause du culte qu’il se vouait à soi-même. Ce n’était pas la rivière qui l’avait noyé, mais c’était le puits de fascination et de magnétisme que son propre portrait exerçait sur lui : le narcissique meut de trop se contempler, meurt de sa propre admiration.

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A-t-il été totalement drogué par sa propre image ? Certainement, et ce n’est ni un simple détail ni un hasard de passage, le mot sublime de narcisse est de la même aire sémantique que narcose ou narcotique et qui renvoient tous les deux à drogue. En effet, le mot narcissique viendrait de narcose, via « narké » qui désignait à la base le poisson-torpille, et qui évoque l’endormissement et l’étourdissement de la proie. Donc le poison et la torpeur

Narcisse numérique.

Par une chance inouïe, on se trouve devant un chef-d’œuvre naturel : une cascade époustouflante ou un paysage d’une beauté à couper de souffle, et au lieu de contempler le splendide et méditer le sublime qui s’offrent à nous, on se saisit du smartphone pour immortaliser l’instant et le lieu dans le « moi » et dire : moi, j’y étais. Par le même bonheur fantastique, on visite un lieu extraordinaire qui s’avère un chef-d’œuvre culturel :  musée riche en objets sans mémoire ou château meublé d’histoire millénaire, et, au lieu de méditer le travail laissé par ceux qui nous ont précédés, on saute sur le portable pour dire que nous y étions.  Au lieu de visiter, c’est-à-dire voir par le corps et donc par tous les sens, on s’enferme plus dans la solitude en s’adonnant à la plus archaïque et la plus stupide des conduites du monde, celle de Narcisse au bord de l’eau. Et pour prouver que nous y étions de la tête aux pieds on s’aide s’il le faut d’une manche télescopique à portable : de la haute, de la haute technologie pour un geste stupide et imbécile.   

Retour à l’actualité. Notre statistique macabre laisse entendre que les centaines de morts ont été victimes de leurs smartphones. Pas du tout. Ce n’est pas la technologie du smartphone qui a tué ces centaines de personnes, mais c’est uniquement l’usage qu’en ont fait les disparus. Le selfie est une attitude qui prouve que l’on perverti la technologie à une fin psychologique. Autrement dit, ce n’est pas la technologie qui tue quand l’égo-portraitiste se prend en photo, c’est son attachement maladif à sa personne et c’est sa perception de son « moi ». On dirait qu’il est complètement absorbé par sa personne qu’il oublie de prêter l’oreille à ce qui se passe autour de lui. Il serait celui qui est totalement obsédé par son « égo » qu’il devient aveugle à ce qui l’entoure. Un véritable corridor sombre et étouffant se creuse entre lui et sa personne et, par conséquent, à dieu danger de chute, de noyade ou d’écrasement. Un vrai tunnel épais et assourdissant se troue entre lui et son « moi » qui le prive d’entendre tout avertissement, toute sirène, toute alarme et tout klaxon de voiture, de train… ou de tout autre engin.

Bref, la personne qui se prend en selfie est, absolument, obnubilé par l’image qu’elle se fait d’elle-même qu’elle devient anesthésiée et insensible à ce qui l’entoure. Elle est complètement et pleinement hypnotisé par son image qu’on dirait qu’elle est droguée de soi-même. Elle ou il n’entend que son propre écho et ne s’intéresse qu’à son intime égo: il est à la fois un pur égoïste et un échoïste parfait.

Une petite digression.

Pourquoi appelle-t-on un type de sociopathe par exemple un pervers narcissique ?

Dans cette pathologie les deux termes sont très intéressants. D’abord le mot narcissique qu’on a déjà traité ci-dessus et qui donc renvoie au poison, à la drogue du « moi » excessif et exagéré. La personne perverse narcissique tout en dormant et rêvant en se regardant, soi-même, elle endort son entourage ciblé dans la torpeur avant de le torpiller. Elle est à la fois l’eau et le reflet de l’eau, elle est en même temps le selfie et le smartphone, elle est simultanément la drogue et la torpeur. A côté de lui ou d’elle, on est en danger vital car dans ce cas pathologique précis, le narcisse n’est pas celui qui risque de se noyer mais il est celui qui étouffe, ensevelit et noie sa victime.

Ensuite, le mot pervers qui est de la même famille que subversion ou vertige ou encore pervertir et bien d’autres qui reposent tous sur la racine « vers » qui apporte l’idée de tourner. D’autre part nous reconnaissons le préfixe « per » qui introduit le sens de tourner « entièrement » les choses « dessus dessous » et « tout à fait ». Ainsi, littéralement, un pervers est la personne qui change entièrement la nature et la fait passer du bien au mal. Voilà pourquoi le pervers sort indemne de sa pathologie, car il dirige son narcissisme vers une cible ou une victime, l’enveloppe dans une bulle de torpeur avant de la torpiller.

Pour finir.

Narcisse était un chasseur, certes, nous l’avons vu, mais il est toujours parmi nous, seuls changent les habits et les équipements. Deux narcisses qui courent les mêmes risques : le Narcisse, chasseur de bêtes naturelles d’hier, ressemble, comme deux gouttes d’eau, au chasseur de pixels virtuels d’aujourd’hui.

Par Ata-Ilah Khaouja

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